Mood Think : la Ntcham à l’épreuve de la récupération politique

La Ntcham a longtemps été perçue par les institutions comme une subculture marginale et dérangeante. Mais en quelques années, le rapport de force s’est inversé : le rythme brut du mapane est devenu le cœur battant de la jeunesse gabonaise, au point de devenir incontournable dans l’espace public et institutionnel, surtout lors des récentes campagnes de 2023 et 2025.

Par Michael Mengoué

L’affiche politique : s’offrir une caution « street »

On a longuement observé des hommes politiques s’afficher en public aux côtés des figures majeures de la Ntcham. En pose avec des artistes comme L’Oiseau Rare ou Eboloko, Fetty Ndoss etc. Des personnalités publiques cherchant à dépoussiérer leur image, en empruntant les codes de la rue, affichant une proximité de façade avec le quotidien du mapane et captant le capital sympathie d’une jeunesse souvent hermétique aux discours traditionnels.

La bande-son des campagnes électorales

C’est particulièrement durant les campagnes électorales que cette alliance prend toute son ampleur. Les hymnes de rue et les BPM frénétiques de la Ntcham sont massivement diffusés pour chauffer les foules lors des meetings et des rassemblements. Transformer un hit de quartier en fond sonore de campagne permet de mobiliser l’attention, de créer un sentiment d’appartenance immédiat et de donner une dynamique festive aux événements politiques.

Le dilemme de l’artiste : rentabilité contre crédibilité

Pour les créateurs et producteurs du mouvement, ce rapprochement est un jeu d’équilibriste complexe. D’un côté, les budgets mobilisés lors des périodes électorales représentent une manne financière considérable dans une industrie musicale locale où la monétisation reste difficile. De l’autre, le risque de décrédibilisation est fort : le public du mapane pardonne rarement ce qu’il perçoit comme une récupération ou une perte d’indépendance de ses idoles. On se souvient encore du  »pressing » qu’avait subi l’Oiseau rare et ses acolytes en 2023 lors de l’élection présidentielle.

L’avis de la Rédaction

Malgré ces tentatives de captation, la Ntcham conserve une charge subversive difficile à canaliser. Si des titres sont prêtés le temps d’une saison électorale, l’essence du genre reste ancrée dans la réalité brute des quartiers. Même si le public donne l’impression d’avoir oublié, la véritable Ntcham continue d’exister d’abord par et pour la rue, rappelant que si la politique peut s’offrir la bande-son de la jeunesse, elle n’en maîtrise pas pour autant les codes, ni la voix.

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