Mood Think : Rémunération poreuse des artistes, Abdoul Gafar lève le voile

par Mike MENGOUÉ

Dans la musique urbaine gabonaise, le talent ne manque pas, cependant beaucoup d’artistes peinent à joindre les deux bouts. Ils sont confrontés à des organisateurs véreux et à une familiarité mal placée. Alors que beaucoup continuent de brader leur art ou de signer des contrats sans en mesurer la portée, d’autres acteurs du milieu luttent pour imposer de vrais standards professionnels. Pour comprendre comment naviguer dans cette « industrie de requins » sans y laisser des plumes, nous avons donné la parole à Abdoul Gafar Songne, manager d’artistes (notamment du rappeur Tris) et acteur culturel engagé. Entre négociations fermes, garde-fous juridiques et gestion de la notoriété, nous allons décortiquer les règles d’or d’un professionnel du milieu pour transformer la passion en un business viable.

Notoriété, hits et type de show : comment fixer sa vraie valeur ?

Finie l’époque où les montants se fixaient au hasard ou à la tête du client. Pour Abdoul Gafar Songne, chaque équipe doit avoir une grille tarifaire claire : « En moyenne, il y a un prix que chaque équipe se fixe à minima et plus pour une prestation. Mais en général, pour fixer le prix d’une prestation, il faut tenir compte de la notoriété et du catalogue de l’artiste ; le nombre de hits est important. Il faut aussi tenir compte du type d’événement (showcase, concert, mariage) ainsi que de la durée et du type de prestation (live, semi-live, playback). »

S’agissant de la fameuse proposition de « jouer pour la visibilité », elle est immédiatement balayée pour un artiste confirmé : « Si un promoteur parle de visibilité, il ne sera pas pris au sérieux. Mais s’il faut partir sur une base de travail, même pour un artiste qui est en tournée promotionnelle ou qui débute, il faudra partir sur un montant symbolique nécessaire et un accompagnement promotionnel clairement établi entre les parties et signé, avec comme avantage possible par exemple une forte rotation du morceau dans les playlists.» a relevé le manager de Tris.

« La première limite est de ne pas brader son artiste, peu importe la raison. La carte de la familiarité peut donner accès à des avantages et des ajustements, mais tant que cela reste dans les intérêts de l’artiste. » a-t-il ajouté 😏.

Blindage juridique : les clauses qui sauvent

Pour éviter les mauvaises surprises et les prestations impayées, Abdoul Gafar Songne rappelle des bases administratives essentielles : « Les clauses indispensables sont : l’objet du contrat, les obligations des parties, les clauses et conditions d’annulation, et les modalités de paiement. »

Ainsi, face aux aléas de la scène et aux retards d’organisation, le contrat reste le seul bouclier valable : « Pour se protéger juridiquement, il faut intégrer dans le contrat de prestation des clauses d’annulation du fait de l’artiste ou de l’organisation, et pour les retards. Mais cela se fait aussi en fonction des différents aléas, tout en restant dans le cadre de la discussion et de la négociation. »

Par ailleurs, sur le plan financier, le paiement de la prestation obéit à une règle stricte : « Pour les cachets, on exige un montant de 50 % à la signature et le reste avant ou après la prestation selon les clauses avec le promoteur. Mais généralement, c’est 50 % à la signature et le reste avant la prestation. »

Bien s’entourer pour régner : le manager comme premier bouclier

Au-delà de la voix et du style, réussir dans la musique exige aujourd’hui une vraie culture de l’industrie. Le premier réflexe à adopter pour un jeune talent est d’abord préventif :
« La première chose est de ne pas signer de contrat sans l’avoir lu au préalable, de s’entourer d’une équipe et de se former au music business, car être artiste demande beaucoup plus que le simple talent. »

Dans cet écosystème, Abdoul Gafar Songne insiste sur le fait que le manager doit jouer un rôle central d’intermédiaire et de protection dès le début des échanges : « Normalement, le manager est le bouclier de l’artiste et son principal conseiller. Lorsqu’un artiste reçoit une proposition, il doit en faire part directement à ce dernier, qui devrait analyser et regarder les contours pour déterminer si le contrat est une opportunité à saisir ou pas, en fonction de leur projet de développement artistique. Pour être plus clair, dès la proposition, le manager est censé être informé et jouer son rôle de garde-fou. » ✌️

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